Les 8 et 9 janvier 2026, l’Institut supérieur de technologie médicale (ISTM) de Yaoundé est devenu l’épicentre d’une mutation profonde pour le mouvement sportif national.
Sous la coordination rigoureuse du Pr Thérèse NG’Awono épse Akoa, directrice générale de l’ISTM, les deuxièmes journées scientifiques de kinésithérapie du sport ont réuni 235 participants autour d’un constat sans équivoque : la performance athlétique ne peut plus s’accommoder de l’amateurisme. Le Pr Josué Bissou Mahop, président de l’Association camerounaise de médecine du sport et de l’exercice (ACAMES), a dressé un bilan qui va bien au-delà de la simple rencontre académique. En intégrant des experts de haut vol comme le Dr Cheick du Gabon ou le Dr Peyou Ndi Samba, inventeur de procédés de métrologie, l’événement a posé les jalons d’une pratique normée. L’impact sur le métier de kinésithérapeute au Cameroun est immédiat : il ne s’agit plus seulement de soigner le traumatisme, mais d’intégrer une chaîne de valeur où l’éthique, la précision métrologique et la collaboration interdisciplinaire deviennent les piliers de la carrière de chaque praticien.
La fin de l’isolement professionnel
L’un des bouleversements majeurs actés lors de ces journées est le passage définitif du kinésithérapeute isolé au statut de membre pivot du « Team Managing ». Les recommandations de l’ACAMES imposent désormais que les visites médicales précompétitives soient des processus collégiaux associant nutritionnistes, médecins du sport et kinésithérapeutes. Cette approche transversale redéfinit les compétences attendues sur le terrain. Le kinésithérapeute camerounais doit désormais maîtriser les protocoles de préparation en phases pré-, per- et post-compétitives, tout en intégrant des dimensions jusqu’ici négligées, comme l’examen bucco-dentaire systématique pour minimiser les risques d’accidents musculaires indirects. En plaçant le praticien au cœur de cette cellule de performance, l’ISTM et l’ACAMES valorisent la fonction tout en exigeant une rigueur scientifique accrue, notamment dans la rédaction des certificats médicaux et le suivi personnalisé du poids et de la diététique de l’athlète, facteurs cruciaux dans les sports de combat.
Un rempart contre le dopage et l’amateurisme
Le métier de kinésithérapeute du sport au Cameroun s’érige désormais en sentinelle de l’intégrité physique et morale. L’accent mis sur la composition de la trousse médicale est révélateur de cette nouvelle responsabilité : sous la validation éventuelle d’un pharmacien, le kinésithérapeute doit veiller à l’absence de substances prohibées par l’Agence mondiale antidopage (AMA). L’intervention du Dr Cheick a été capitale pour sensibiliser sur les risques de l’automédication qui peuvent transformer une négligence thérapeutique en un scandale de dopage. Le kiné n’est plus un simple exécutant de massages, il devient un conseiller technique capable d’orienter l’athlète vers des prescriptions conformes. Cette montée en compétence est le seul remède contre le dopage accidentel qui menace la carrière des sportifs de haut niveau. Elle impose aux professionnels de se former continuellement aux listes des produits interdits et aux nouvelles techniques d’évaluation de la performance présentées lors des sessions de l’ISTM.
Vers un fichier national de certification
L’impact le plus structurel de ces journées scientifiques réside sans doute dans la volonté de l’ACAMES d’assainir la profession. Le Pr Josué Bissou Mahop a martelé qu’on ne « s’autoproclame » pas médecin ou kinésithérapeute du sport par simple arrêté administratif ou certificat de stage éphémère. Pour protéger le métier, un fichier national officiel des spécialistes qualifiés sera produit et transmis à la sous-direction de la médecine du sport du ministère des Sports et de l’Éducation physique. Cette mesure de protection corporatiste vise à éliminer les charlatans et à garantir que seuls les praticiens formés dans les universités d’État ou les instituts privés de référence, comme l’ISTM, puissent exercer. L’encouragement au perfectionnement académique et à la vulgarisation de cette spécialité marque la naissance d’un corps de métier d’élite au Cameroun, indispensable pour minimiser les risques d’accidents et maximiser les chances de podiums sur la scène internationale.
Junior NTEPPE KASSI

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