Maître de conférences, chirurgien et expert international, le Pr Bissou Mahop dresse un état des lieux sans concession du système de santé sportif camerounais. Entre formation d’élite et projets d’infrastructures, il appelle à une révolution structurelle pour que le pays des Lions indomptables se dote enfin de pôles de référence dignes de son rang.
Le CV du professeur Bissou Mahop impressionne autant qu’il rassure. Responsable de la filière de kinésithérapie du sport à l’ISTM, membre de la commission médicale de l’Union des fédérations africaines de médecine de sport et représentant de prestigieuses sociétés françaises de traumatologie, cet homme-orchestre de la santé athlétique est revenu au pays avec une mission claire : structurer la performance par la compétence. Pourtant, derrière sa réussite académique se cache un parcours de résilience, marqué par des débuts modestes et une détermination de fer.
Un parcours forgé dans l’effort
Rien ne prédestinait pourtant ce passionné, ancien libéro de football, à un tel sommet académique. Après avoir raté son baccalauréat une première fois, il rebondit à Sangmélima et c’est sur le terrain qu’il découvre sa vocation, officiant comme « soigneur » autodidacte pour des clubs locaux avant même d’obtenir son doctorat.
Poussé par une discipline de fer, il gravit les échelons : sept ans de médecine, une spécialisation en chirurgie, puis dix années d’excellence en France sous l’aile du célèbre professeur Gérard Saillon. « Je suis rentré pour développer mon pays selon l’école française », confie-t-il, refusant de laisser la médecine du sport entre des mains non qualifiées.
La fin de « l’ère de la triche »
Le constat du professeur est cinglant : le Cameroun « triche » en soignant ses champions dans des structures généralistes inadaptées. Pour lui, « le Cameroun est un pays qui triche beaucoup » en matière de santé sportive.
« On ne peut pas prendre un sportif qui a une entorse et le mettre dans un service de chirurgie à côté d’un malade opéré d’une fracture du fémur. C’est lui faire perdre son temps », explique le Pr Josué Bissou Mahop.
Son plaidoyer est clair : la création de pôles de référence par discipline. À l’image des centres européens, il appelle à la mise en place de plateaux techniques complets (IRM, scanner, biologie) dédiés, où la prise en charge serait immédiate et spécialisée, afin d’éviter l’errance médicale des patients.
Former pour performer
Conscient que la performance repose sur l’humain, il a déjà formé 26 médecins du sport depuis 2018, ainsi que des kinésithérapeutes et des psychologues du sport. Mais le besoin reste immense face aux 54 fédérations sportives du pays.
Ses prochains défis sont déjà tracés. Premièrement, l’ouverture de nouvelles filières. Dès septembre 2026, il prévoit de lancer des formations pour « urgentistes assistants » afin de mieux répondre aux catastrophes naturelles (inondations, éboulements). Deuxièmement, la mise en place du centre de formation professionnelle. Il s’agit d’un projet déjà agréé pour 2026 qui regroupera les métiers du sport et de la santé. Enfin, la Fondation Sports, Santé, Performance qui est un outil pour accompagner la deuxième étape de son plan national.
Le professeur compte prochainement interpeller la présidence de la République pour passer à la vitesse supérieure. Son objectif étant de faire en sorte que le Cameroun, nation « 5 étoiles » du football, cesse de soigner ses sportifs comme des malades ordinaires et entre enfin dans l’ère de la médecine de précision.
Céline BALLA BINDZI

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