Le football africain vient de basculer dans une dimension où le droit administratif semble avoir définitivement pris le pas sur la vérité du rectangle vert.
Hier, le 17 mars 2026, le Jury d’Appel de la Confédération Africaine de Football (CAF) a rendu un verdict qui fera date, non pas pour sa splendeur, mais pour le séisme de crédibilité qu’il provoque : le Sénégal, vainqueur sur le terrain (1-0) le 18 janvier dernier, est déchu de son titre au profit du Maroc, déclaré vainqueur 3-0 par forfait.
Le triomphe des textes sur le jeu
L’argumentaire de la CAF tient en deux chiffres : les articles 82 et 84 de son règlement. En quittant momentanément la pelouse de Rabat pour protester contre un penalty litigieux à la 95e minute, les Lions de la Teranga auraient, selon les juges d’appel, commis l’irréparable. Peu importe que Sadio Mané et ses coéquipiers soient revenus finir la rencontre ; le retrait est jugé comme un abandon définitif.
Cette lecture chirurgicale des textes, qui annule la décision initiale du Jury Disciplinaire, transforme une finale électrique en un imbroglio juridique. Pour de nombreux observateurs, c’est la notion même de « résultat sportif » qui vole en éclats. Comment justifier qu’un trophée change de mains deux mois après une célébration populaire dans les rues de Dakar ?
L’ombre d’un « jeu trouble »
Au-delà de la sanction, c’est le climat entourant ce sacre marocain qui cristallise les tensions. Tout au long de la compétition, le pays hôte a été au centre de polémiques récurrentes : des ramasseurs de balles chapardant les serviettes du gardien Édouard Mendy aux changements d’arbitres de dernière minute, l’impression d’un environnement « sous contrôle » n’a cessé de croître.
Le verdict d’hier renforce cette suspicion. En réduisant parallèlement les sanctions contre le Marocain Ismaël Saibari et en allégeant les amendes liées aux incidents des ramasseurs de balles, la CAF donne l’image d’une instance à deux vitesses. « C’est une parodie de justice qui répond à une commande politique plutôt qu’à une rigueur juridique », a fustigé Abdoulaye Seydou Sow, secrétaire général de la Fédération Sénégalaise de Football (FSF).
Quel avenir pour la CAN ?
L’impact sur la crédibilité de la compétition est dévastateur. Si chaque décision arbitrale contestée peut désormais conduire à une réécriture du palmarès par des juristes, c’est l’essence même de l’incertitude sportive qui est menacée. La CAN 2025 risque de ne rester dans l’histoire que comme « la coupe du tapis vert ».
Le Sénégal a déjà annoncé saisir le Tribunal Arbitral du Sport (TAS). Mais le mal est fait : le trophée s’apprête à rejoindre Rabat sous les sifflets d’une partie du continent, laissant la CAF face à un défi immense : prouver qu’elle n’est pas devenue une chambre d’enregistrement des intérêts des nations les plus influentes.
Junior NTEPPE KASSI

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