Depuis plus d’une semaine, le Golf & Country Club de Yaoundé est le théâtre d’une agression foncière d’une violence inouïe. Entre engins lourds, hommes armés non identifiés et arbres centenaires abattus, c’est tout un symbole du patrimoine étatique et écologique qui s’effondre sous les coups d’une « caste d’individus » aux intentions obscures.
Le spectacle est désolant sur les collines du Golf Club de Yaoundé. Là où le calme et la verdure servaient de refuge aux sportifs et aux amoureux de la nature, c’est désormais le fracas des moteurs et le craquement des branches qui dictent la loi. Une pelleteuse massive s’est installée sur le site, procédant à un terrassement sauvage et à un bornage qualifié de « barbare » par les responsables du club. Une opération menée avec une célérité suspecte, sous la protection d’hommes en armes dont l’identité reste un mystère, semant la terreur au sein de l’Association Sportive du Golf Camerounais.
Un mépris total de la légalité
Pour Désiré Parfait Ebala, Directeur du Golf and Country Club, l’incompréhension le dispute à l’indignation. « On a eu du mal à collaborer avec les gens qui font les travaux. On leur a demandé s’ils avaient les documents qui leur permettaient de faire ce type de travaux. Ça a été difficile. On a juste vu des individus inconnus qui sont arrivés, qui ont borné une grande partie du site du golf, et qui quelques jours après ont procédé au terrassement », explique-t-il avec amertume.
Pourtant, le cadre juridique semble clair. Le site, qui s’étend sur 51 hectares appartenant au domaine privé de l’État, est sécurisé par un bail en vigueur, dûment confirmé par les services cadastraux. Cette expropriation brutale, opérée sans titre ni droit, s’apparente à un défi lancé à l’autorité de l’État par ceux que la direction nomme les « ennemis du progrès ».
Un désastre écologique et social
Au-delà de la bataille juridique, c’est l’impact humain et environnemental qui s’avère le plus lourd. Le Golf de Yaoundé n’est pas qu’un terrain de sport ; c’est une entreprise sociale. « Près de 200 jeunes, responsables de familles, gagnent leur pain en venant ici tous les jours », rappelle le Directeur. Du jour au lendemain, ces emplois sont menacés par la destruction des infrastructures.
Sur le plan écologique, le constat est sanglant. Alors que le club s’était engagé dans un vaste projet de reboisement, des arbres centenaires, véritables piliers de l’histoire de la capitale, sont aujourd’hui mis au sol. En rasant ce site, les commanditaires détruisent ce qui reste le dernier « poumon d’oxygène » de Yaoundé. « Ici on se réfère aux grandes Nations. Chaque grande capitale d’un pays a un golf. Ça a lieu d’être défendu », martèle Désiré Parfait Ebala.
Un appel au sommet de l’État
C’est la crédibilité même du Cameroun, en tant qu’État de droit, qui vacille sous les chenilles de la pelleteuse. Comment un tel investissement, légalement légué, peut-il être saccagé au grand jour par des milices privées ?
Face à cette urgence, le président du Golf and Country Club de Yaoundé, Joël Daniel Monefong, a décidé de rompre le silence. Dans un communiqué officiel publié en fin de semaine dernière, il dénonce une « barbarie » sans précédent. Il lance un appel solennel aux plus hautes autorités de la République afin qu’une intervention immédiate soit menée pour stopper ce massacre foncier et restaurer l’ordre. Si rien n’est fait, c’est un pan entier du patrimoine national et un écosystème vital qui disparaîtront à jamais, sacrifiés sur l’autel d’intérêts privés obscurs.
Junior NTEPPE KASSI

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