ANNIE FLORE TENEKU : LA PASSION CHEVILLÉE AU CORPS, DE LA POUTRE À LA PRÉSIDENCE

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ANNIE FLORE TENEKU : LA PASSION CHEVILLÉE AU CORPS, DE LA POUTRE À LA PRÉSIDENCE

Ancienne gymnaste devenue professeure d’EPS et présidente de la Fédération camerounaise de gymnastique, Annie Flore Yekel, épouse Teneku, consacre sa vie à la discipline. Entre réformes audacieuses, formation et passion inébranlable, elle propulse ce sport vers l’excellence internationale.

Née le 27 octobre 1973 à Yaoundé, Annie Flore Yekel épouse Teneku incarne l’abnégation et l’amour inconditionnel pour le sport. Professeure d’éducation physique et sportive (EPS) de formation, optionnaire gymnastique, elle a consacré sa vie à ériger cette discipline au rang d’excellence au Cameroun. Pourtant, rien ne prédestinait cette enfant timide, passée par les bancs de Montpellier en France puis par le CES de la Cité Verte et le prestigieux lycée Leclerc à Yaoundé, à devenir la figure de proue du sport national.

D’une timidité maladive à l’éclosion gymnique

Affligée par une timidité presque maladive durant sa jeunesse, la jeune Annie Flore trouve dans l’expression corporelle et la gymnastique un exutoire salvateur. Elle confie d’ailleurs à ce sujet : « Je suis très, très, très timide de nature. Donc, le sport, ce n’est pas pour moi. Ma timidité est telle que je ne suis pas capable de parler à quelqu’un que je ne connais pas… La gymnastique était une belle découverte qui m’a permis de m’épanouir. C’était le seul endroit où je m’épanouissais vraiment ».

Ce qui commence comme un exercice thérapeutique imposé par son père pour réussir ses oraux du baccalauréat se transforme rapidement en une vocation dévorante. Malgré un baccalauréat scientifique (série C) qui la prédestinait à des études de médecine, un vœu cher à son père, elle intègre l’INJS (Institut national de la jeunesse et des sports) en tant qu’auditrice libre. Un parcours atypique de sept années d’études parsemé de sacrifices, de maternité et d’une résilience à toute épreuve, qui la mène finalement à devenir professeure certifiée d’EPS et à embrasser pleinement sa passion.

Bâtisseuse de champions et réformatrice de la discipline

Sur les tapis, Annie Flore Teneku brille d’abord comme athlète, décrochant de multiples titres de championne du Cameroun avec le club 105. Rapidement passée de l’autre côté de la barrière pour embrasser la carrière d’entraîneur, elle fait face à un dilemme touchant : « Je commence à entraîner et je me rends compte que je frustre mes propres athlètes. Puisque je les entraîne, je les forme et après je viens les battre aux championnats. Ça finit par les frustrer un peu et je décide d’arrêter d’être athlète et de continuer dans l’entraînement ».

Avec d’autres passionnés, elle cofonde le club ALC qui deviendra l’ANCA, formant une génération de sportifs émérites. Son expertise la conduit logiquement aux fonctions d’entraîneuse régionale, puis d’entraîneuse nationale adjointe et enfin titulaire de l’équipe nationale féminine de gymnastique artistique à partir de 2014. Parallèlement, elle s’investit durablement dans l’encadrement pédagogique national, pilotant la commission des mouvements d’ensemble pour les grandes fêtes nationales. Elle occupe en ce moment la fonction de chef de service de la prospective pédagogique et des méthodes au ministère des Sports et de l’éducation physique.

Un leadership visionnaire à la tête de la fédération

Élue à la tête de la Fédération camerounaise de gymnastique en 2022 après une décennie d’implication profonde, Annie Flore Teneku insuffle une dynamique de transformation radicale. Frustrée par les blocages institutionnels passés, elle explique ce qui a motivé sa candidature : « Je déborde d’idées quand il s’agit de gymnastique. Et je les soumets, mais ça ne passe pas… J’estimais qu’on pouvait faire plus. Il y avait toujours ce problème de finance qu’on mettait en avant ou d’autres petites choses que j’estimais être secondaires. Parce que l’aspect volonté réelle, je ne le voyais pas. »

Consciente que la passion ne suffit pas, elle fait de la formation des juges et de l’acquisition de matériel ses chevaux de bataille. Elle le formule d’ailleurs sans détour : « On se rend compte que la passion ne suffit pas. On a besoin vraiment de tous les accompagnements possibles ».

Sous son impulsion, le nombre de juges camerounais internationaux formés passe à huit, tandis que la décentralisation des compétitions permet de révéler des talents aux quatre coins du pays, du Grand Nord au Sud. Grâce à ses relations solides avec la Fédération internationale de gymnastique de par son rôle de juge international de la World Gymnastics et son poste de membre du Conseil exécutif de l’Union africaine de gymnastique, le Cameroun bénéficie désormais d’un rayonnement international inédit.

Aujourd’hui, pour pérenniser ces acquis et bâtir l’avenir, elle lance un appel vibrant aux institutions et aux acteurs économiques : « La fédération vit de sa passion, mais la passion ne suffit pas toujours. La passion ne suffit pas, nous avons besoin de toutes les aides… La gymnastique camerounaise, on a l’œil sur nous maintenant, désormais. Nous avons un grand potentiel et nous avons besoin de leur aide financière, matérielle ».
Portée par une vision ambitieuse pour le Cameroun et le continent africain, Annie Flore Teneku continue de se battre pour doter le pays d’infrastructures dédiées et faire triompher les Lions de la gymnastique.

Junior NTEPPE KASSI

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