Le sport camerounais ne se contente plus du talent brut. Sous l’impulsion de l’ACAMES, la science et l’académie s’unissent pour transformer l’athlète en une machine de précision. Par une analyse rigoureuse des performances et une modernisation sans précédent des structures médicales, l’ACAMES s’impose désormais comme le pilier essentiel des succès sportifs nationaux.
Entre innovations académiques et transition vers le statut de société savante, plongez au cœur d’une mutation historique.
Un sanctuaire pédagogique et scientifique
Depuis sa création, l’ACAMES (Association camerounaise de médecine du sport et de l’exercice) a consolidé l’édifice académique du pays. Sous la supervision rigoureuse du Pr Ngo Um Esther épouse Meka, l’offre de formation a franchi un palier décisif. Le dynamisme est palpable : depuis 2018, l’ouverture des filières spécialisées a permis de bâtir une véritable armée d’experts.
À ce jour, le pays compte déjà 26 médecins du sport formés. La montée en puissance se poursuit avec la filière de traumatologie du sport, où deux chirurgiens finalisent leur spécialisation, et celle de psychologie du sport. Cette dernière, essentielle pour le mental des champions, compte 3 apprenants qui achèveront leur cursus en septembre 2026 sous la coordination de l’éminent Pr Ntone Ntone Felicien, expert en psychiatrie.
Cette dynamique repose sur des coopérations internationales d’élite. Grâce à des conventions avec l’Université Laurentienne (Canada), le Pr Olivier Serresse intervient annuellement pour développer le module crucial de physiologie du sport. Parallèlement, la collaboration avec le CHU de Perpignan via vidéoconférence assure une mise à jour constante des savoirs. Ce rayonnement a permis à la faculté de Médecine et des Sciences biomédicales (FMSB) d’être classée 1ʳᵉ université d’excellence dans le développement de la médecine du sport en Afrique noire, selon le récent classement de septembre 2025 de la Société française de médecine du sport.
La révolution de la « médecine intégrée »
L’ACAMES a transformé la gestion médicale des compétitions universitaires en instaurant la « médecine intégrée ». Ce modèle mutualise le personnel médical au sein d’une commission centrale, répartissant les experts par discipline de 6 h à 18 h. Ce dispositif, couplé au plan « Vigile Pirate Sanitaire », a drastiquement réduit les incidents critiques sur les stades.
Cette expertise se déploie aussi via de multiples séminaires de renforcement des capacités pour les staffs techniques des fédérations. Ces initiatives bénéficient du patronage du MINESUP et d’un partenariat stratégique avec le MINSEP, via la sous-direction de la médecine du sport dirigée par le Dr Thom Bonivard, médecin du sport attitré et compétent.
De l’Association à la Société : un tournant historique
D’ici peu, l’ACAMES achèvera sa mutation pour devenir la Société camerounaise de médecine du sport Ce changement vise une autorité accrue pour signer des conventions avec les institutions de l’enseignement supérieur. Avec 286 membres, l’organisation s’installe dans une gouvernance normalisée, positionnant le Cameroun comme 2ᵉ nation africaine et 10ᵉ mondiale dans la discipline.
La science contre l’empirisme : l’assistant biologique à la performance
Pour le Pr Bissou Mahop et les dirigeants de l’organisation, la performance n’est plus un miracle, mais une science. Dans des fédérations comme le karaté, le judo, le bodybuilding ou le sambo, le suivi médical a fait bondir le nombre de médailles d’or de 3 à plus de 17.
Le pays doit désormais s’arrimer aux technologies innovantes : métrologie, usage des GPS, fiches balistiques de jeux, et apport des vidéastes dans l’analyse des séquences. Le chronomètre, autrefois roi, est réduit à la simple mesure de la durée des entraînements. L’ACAMES rappelle une vérité fondamentale : le médecin du sport n’est plus un « secouriste mobile » porteur d’eau, mais un assistant biologique à la performance intégré à un staff technique d’élite. Le chemin vers le podium passe irrémédiablement par le laboratoire.
Par Céline BALLA BINDZI

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